dossier : L'Abhidharma. Cinquième partie.

Présentation de l’Abhidharmasamuccaya
(tib : chos mngon pa kun las btu spa)
Asanga
Asanga est né dans l’actuel Cachemire, dans la région de
Purusapura (Peshawar) au IVe siècle de notre ère.Il avait été
prophétisé par
le Bouddha Shakyamuni neuf siècles auparavant comme bodhisattva. Il
est l'aîné de trois enfants. Son frère cadet n'est autre
que
Vasubandhu. Leur mère
Prasannasila, de caste Brahmanique, était
une ancienne nonne. Elle rendit ses vœux afin de mettre au monde des enfants
qui
perpétueraient l'enseignement bouddhiste du grand véhicule,
en particulier l’Abhidharma, qui était dans une période
de déclin après l’incendie de la bibliothèque de
l’université de Nalanda.
Asanga prit les vœux monastiques et étudia le tripitaka. Afin
d'acquérir une compréhension définitive,
il rencontra
un maître des tantras. Lors de la phase préparatoire de l'initiation,
on prend une fleur dans les mains et on fait une prière de souhaits
afin que la déité avec laquelle on a un lien apparaisse, puis
on jette la fleur. Dans le cas d'Asanga, la fleur tomba dans la section du
mandala qui représentait le Bouddha Maitreya. Asanga décida donc
de
méditer sur le bouddha Maitreya.
Il voyagea jusqu'à la frontière chinoise, à l'époque
entre l'Inde et le Tibet, jusqu'à la montagne nommée Riwo Tchakang,
où il
s'assit en méditation. Il voulait rencontrer directement le Bouddha
Maitreya afin de recevoir des instructions, en particulier sur la prajnaparamita.
Il resta dans son ermitage pendant
douze ans sans avoir un seul signe de succès.
Plusieurs fois il voulut mettre un terme à sa retraite, mais persista.
Toutefois au bout de douze ans, il était complètement découragé.
Il sortit de retraite et sur la route rencontra un chien dont l’arrière
train était paralysé et mangé par les vers. Le chien essaya
d’attaquer Asanga, mais celui-ci en voyant l’animal éprouva
une très grande compassion.
Il voulut enlever les vers du chien avec ses doigts, mais c'était impossible
sans les écraser. Il décida donc de s'agenouiller et de les ôter
avec la bouche. C’est alors que
Maitreya lui apparut.
Asanga lui demanda pourquoi il ne lui était pas apparu plus tôt.
Maitreya lui expliqua qu'il était présent depuis le début
de sa retraite, mais qu'il n'avait pas suffisamment purifié ses obscurcissements
karmiques pour le voir.
Grâce à sa compassion, Asanga avait maintenant
purifié ses obscurcissements karmiques et c'est pour cela qu'il pouvait
percevoir Maitreya.
Maitreya lui demanda ensuite de le porter jusqu'au village afin de le présenter
aux villageois. Mais comme personne ne pouvait percevoir Maitreya, Asanga
comprit que les obscurcissements karmiques les en empêchaient. Seule
une très vieille femme qui avait un karma plus pur que les
autres pouvait voir le pied de Maitreya. Asanga comprit ainsi que sans une
grande compassion ni une grande connaissance, les obscurcissements karmiques
ne peuvent être éradiqués.
Asanga se rendit ensuite dans la terre pure de
Tushita où Maitreya
réside habituellement. Il reçut alors de ce dernier le cycle
des « cinq grands traités de Maitreya», puis revint dans
notre monde avec ces traités et les enseigna .
Ces cinq grands traités commentent le vinaya, les sutra et l'abhidharma
du point de vue du mahayana.
D’après les chroniques historiques de Taranatha, Asanga vécut
au moins cent cinquante ans. C’est un bodhisattava de la troisième
terre dont l’activité dans le temps et l’espace est inconcevable.
C'est de cette façon qu'il répandit l'enseignement à travers
l’Inde, du sud au nord ouest.
L'œuvre d’Asanga
Elle se place entièrement dans la perspective du
mahayana,
dans un système de pensée nommé «
yogacara ».
En schématisant, nous pouvons dire que, d’après ce système,
les phénomènes sont la manifestation des tendances habituelles
stockées dans le continuum fondamental de l’esprit (
sanskrit:
alaya;
tibétain: kun gzhi), qui est la base de toute manifestation.
L'esprit, soumis à la confusion, perçoit les phénomènes
comme réels et différents de lui-même, de la même
manière qu’un rêveur perçoit son rêve comme étant
réel. Le
but du chemin est de
reconnaître les manifestations comme
l'esprit et l'esprit comme vacuité en essence. Ainsi on se libère
de la souffrance.
Les œuvres d’Asanga sont:
« Les cinq traités de Maitreya » (skt :
panca
maitreyograntha ; tib :
byams chos sde lnga)
Il s’agit du groupe de traités retranscrits par Asanga après
qu’il ait entendu les enseignements directement du Bouddha Maitreya.
Les cinq traités sont :
1) skt:
Abhisamayalankara; tib:
mngon par rtogs pa’i rgyan
2) skt:
Mahayana-sutralankara ;tib:
theg pa chen po mdo sde’i rgyan
3) skt:
Madhyanta-vibhanga; tib:
dbus dang mtha’ rnam par ‘byed pa
4)skt:
Dharma-dharmata-vibhanga; tib:
chos dang chos nyid rnam par ‘byed pa
5) skt:
Mahayanottaratantra-shastra ; tib:
theg pa chen po rgyud bla ma’i bsten chos
« Les cinq traités concernant les terres d'éveil » (skt:
yogacara-bhumi;
tib :
sa sde lnga)
Ce sont des traités concernant les bhumis, les terres d’éveil
qu’un bodhisattva parcourt avant d’atteindre l’éveil.
Ils ont été composés par Asanga :
1) skt:
Yogacara-bhumi; tib:
rnal ‘byor spyod pa’i sa
2) skt:
Yogacara-bhumi-niranaya-samgraha; tib:
rnal byor spyod pa’i sa
las gtan la phab pa’i bsdu ba
3) skt:
Yogacara-bhumau vastu-samgraha; tib:
rnal ‘byor spyod pa’i
sa las gzhi bsdu ba;
4) skt:
Yogacara-bhumi paryaya-samgraha; tib:
rnal ‘byor spyod pa’i
sa las rnam grangs bsdu ba
5)skt:
Yogacara-bhumi vivarana-samgraha; tib:
rnal ‘byor spyod pa’i
sa las rnam par bshad pa’i bsdu ba
«
Les deux résumés », (tib:
sdom
rnam gnyis)
Ce titre fait référence aux deux compendiums d'Asanga qui sont:
1)skt:
mahayna samgraha; tib:
theg pa chen po bsdus pa, « the compendium
of The Great Vehicle »
2)skt:
abhidharmasamuccaya; tib:
chos mngon pa kun las btus pa
L'Abhidharmasamuccaya et ses traductions
L'
Abhidharmasamuccaya est un ouvrage d'Asanga traitant de
l’Abhidharma
du point de vue du grand véhicule, le mahayana.
L'
Abhidharmasamuccaya est d’une
grande importance dans le canon bouddhiste.
Selon Walpo Rahula, « Il contient presque toutes les doctrines principales
du mahayana et peut être considéré comme le résumé de
toutes les autres oeuvres d'Asanga. »
L’ouvrage, composé en
sanskrit, comporte deux parties: le Compendium
des Caractéristiques, en quatre chapitres, et le Compendium des Décisions,
en quatre autres chapitres.
Un disciple d’Asanga, Buddhasimha, en écrivit un
commentaire,
l’
Abhidharma Samuccaya abhashya.
L’
Abhidharmasamuccaya fut traduit du sanskrit au tibétain par
le Maître Indien Atisha et le traducteur tibétain Tsultrim Gyelwa
au IXe siècle. Il existe aussi une
traduction chinoise de Xuanzang
(VIIe siècle).
Pour sa
traduction française, Walpola Rahula s'est appuyé sur
une version fragmentaire sanskrite découverte dans un monastère
tibétain en 1934 (alors que l'original sanskrit était considéré comme
perdu), ainsi que sur les traductions chinoises et tibétaines.
L'Abhidharmakosa et l'Abhidharmasamuccaya au Tibet
Bien qu’appartenant au corpus mahayaniste, l'
Abhidharmasamuccaya n'est
pas autant étudié au Tibet que l'
Abhidharmakosa. Seuls ceux qui
désirent
avoir une connaissance plus approfondie de l'Abhidharma étudient
l'
Abhidharmasamuccaya, après avoir étudié l'
Abhidharmakosa.
Mipham Rinpoché, l’un des principaux lamas Nyingma du XIXe siècle,
synthétise ces deux ouvrages dans le mkhas ‘jug, ou « Entrée
dans la Pratique des Erudits », publié en anglais sous le
titre de
Gateway to Knowledge (Rangjung Yeshe Editions).
Mipham Rinpoché met en évidence
les approches et classifications
différentes des agrégats (skt :
skandha,
tib :
phung po), des éléments
(skt :
dhatu, tib :
khams) ou des obscurcissements
mentaux (skt :
klesha; tib :
nyon
mongs) etc., selon l’approche théravada (d’après
l'
Abhidharmakosa) ou mahayana (selon l'
Abhidharmasamuccaya).
Les différences d'approche concernant l'agrégat de la formation:
Il est expliqué que tous les phénomènes conditionnés
sont inclus en tant que matière, esprit et
formations non-associées.
L'
Abhidharmakosa liste quatorze formations qui ne sont associées ni
complètement à l'esprit, ni complètement à la matière,
comme les voeux, la naissance, le vieillissement ou le fait de recevoir quelque
chose. L'
Abhidharmasamuccaya rajoute dix autres formations non-associées,
comme le temps, la vitesse, le lieu, etc. comptabilisant ainsi vingt quatre
de ces formations. (
mipham rinpoché:
gateway to knoweldge: vol 1 P32-33)
Les différences d'approche concernant les obscurcissements mentaux:
Alors que ce qui doit être abandonné est classé dans l'
Abhidharmakosa
en 98 éléments reliés aux trois mondes, l'
Abhidharmasamuccaya énumère
112 obscurcissements à éradiquer. (
Gateway to Knowledge, vol
II p134)
Les différences d'approche concernant les différents aspects
de la conscience:
L'
Abhidharmakosa divise l’esprit en six perspectives, les
cinq consciences
sensorielles et la
conscience mentale. L'
Abhidharmasamuccaya rajoute deux perspectives,
la
conscience obscurcissante d’une part et le
continuum mental de base
d’autre part (skt:
alaya; tib:
kun gzhi).
La division de l’esprit en huit perspectives est une caractéristique
de l'approche Cittamatra. (
Gateway to Knowledge, vol I p34)
Pour en savoir plus
sur le Gateway to Knoweldge >>>
Sixième partie >>>